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Chantal Gascuel, chercheure en hydrologie à l’Inra de Rennes, Chevalière de la légion d’honneur

Ghislain de Marsily, membre de l’Académie des Sciences, a remis vendredi 26 juin 2015, les insignes de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur à Chantal Gascuel, chercheure en hydrologie, en présence de François Houllier, PDG de l’Inra. Cette décoration récompense son implication dans le développement des recherches sur l’eau dans les espaces agricoles. Elle valorise aussi un parcours de femme engagée très tôt dans l’animation de collectifs de recherche et dans la promotion d’une science pour la connaissance et l’action.

Chantal Gascuel, chevalière de la Légion d'honneur le 26 juin 2015 à Rennes. © Inra Rennes, Eric BEAUMONT
Par Service communication Inra Rennes
Mis à jour le 29/06/2015
Publié le 28/06/2015

Depuis 34 ans, Chantal Gascuel contribue, avec ses collègues de l’Inra et d’autres organismes de recherche, à faire avancer les connaissances dans les domaines de l’hydrologie, notamment appliquée aux espaces agricoles, et à l’environnement.

Le bassin versant comme objet d’étude

Après une thèse à l’Ecole de Mines de Paris sur « La variabilité spatiale de l’infiltration de l’eau dans un petit bassin versant », Chantal Gascuel entre à l’Inra de Rennes en novembre 1981. Depuis les années 1980, l’Inra s’intéresse au lien entre les caractéristiques des milieux, la structure du paysage et l’activité agricole. Des travaux à l’échelle du petit bassin versant qui ont pour objectif d’aider l’agriculture à maîtriser ses impacts sur l’eau et les écosystèmes aquatiques.«Le petit bassin versant est conceptuellement une boîte qui agit comme un filtre et qui module, dans l’espace et dans le temps, les émissions d’eau, de nutriments, de chaleur. Il faut donc trouver les propriétés de ce filtre en fonction des caractéristiques de la boîte» précise Chantal Gascuel. Un nouveau champ scientifique s’ouvre alors avec un long travail de recherche sur la circulation des eaux, leur qualité chimique, le rôle régulateur des paysages dans un système fortement anthropisé : l’espace agricole.

Des laboratoires hors murs pour comprendre et gérer des ressources environnementales

Dans les années 2000, les scientifiques prennent conscience de l’intérêt de regarder, non seulement les éléments chimiques entrant et sortant du bassin versant agricole, mais aussi la manière dont ils sont stockés dans les sols et les nappes. La phase atmosphérique est progressivement intégrée dans le bilan des éléments, histoire de ne pas régler le problème de l’eau en le déportant sur l’air ! C’est à cette période que des Observatoires de Recherche en Environnement (ORE) sont mis en place et que l’étude des processus et des systèmes environnementaux s’inscrit dans la durée.

A la tête de l’Unité Mixte de Recherche Inra/Agrocampus Ouest SAS (Sol, Agro et hydrosystème,  Spatialisation) entre 2004 et 2011, Chantal Gascuel  impulse avec ses collègues de l’Inra, la mise en place d’observatoires à Rennes.«L’ORE AgrHys est emblématique de ces dispositifs. Constitué de plusieurs bassins versants, il offre la possibilité de réaliser toute une palette de mesures et d’élargir les éléments chimiques étudiés. C’est aujourd’hui un dispositif mondialement connu» souligne Chantal Gascuel. L’ORE EFELE, plus récent est quant à lui dédié au rôle des effluents sur les sols.«Portés par des équipes de recherche inter-organismes et inter-disciplinaires (hydrologie, science du sol et de l’atmosphère, écologie), ces observatoires sont devenus de véritables laboratoires hors murs pour modéliser et prédire les impacts de changements agricoles ou climatiques». La constitution d’une fédération de recherche à Rennes, avec le CAREN puis l’OSUR (Observatoire des Sciences de l’Univers de Rennes), à laquelle Chantal Gascuel a contribué, s’est inscrite dans cette dynamique. L’ambition est de fédérer localement les forces de recherche en environnement de l’Inra, du CNRS, de l’Université,  de développer des outils et approches nouvelles, d’archiver et explorer les énormes bases de données constituées à partir de l’observation et de la modélisation, de nouer des collaborations internationales…pour collectivement tirer parti au mieux de ces laboratoires hors murs. 

Depuis 2012, Chantal Gascuel est adjointe à la direction scientifique environnement de l’Inra où sont suivis et accompagnés des observatoires sur les sols, les forêts, les lacs, les bassins versants.«Pour l’Inra, l’enjeu est considérable. L’agriculture est par essence intimement liée à l’environnement. Elle l’affecte, bien sûr, mais en retour, elle a besoin de ressources environnementales de qualité sur le long terme. L’environnement est un capital naturel » souligne Chantal Gascuel.

Une science pour la connaissance et l’action

«Toute évolution pour reconquérir ou préserver l’eau se fera avec les acteurs de terrain» affirme Chantal Gascuel. Certes, le premier défi est de transposer les connaissances sur des territoires de plus grandes dimensions. Les modèles, en s’appuyant sur les données des réseaux opérationnels de surveillance de l’environnement, sont un outil essentiel pour y parvenir. Mais un territoire, c’est aussi un lieu chargé d’histoire où des gens vivent et travaillent.«Il faut donc co-construire des scénarios réalistes et acceptables, dans des contextes économiques et climatiques incertains». Les outils Territ’eau de l’Agrotransfert Bretagne qui propose des outils de diagnostic, le programme ANR de recherche Acassya sur  l’évolution agro-écologique d’un bassin versant à « algues vertes », que Chantal Gascuel a coordonné, s’inscrivent dans cette démarche.

Au-delà des outils et démarches de recherche-action, des structures d’interface entre scientifiques et gestionnaires de l’eau peuvent aider à la médiation : faire que les acteurs s’approprient les connaissances issues de la recherche et qu’elles puissent effectivement contribuer à l’évolution des territoires. En Bretagne, le GIS Creseb qui réunit l’ensemble des organismes de recherche, constitue cette interface, comme l’Onema (Office national de l’eau et des milieux aquatiques) le fait au niveau national. L’Inra est un acteur référent sur les sols, les pollutions diffuses agricoles. Chantal Gascuel a ainsi travaillé, avec l’Onema à la conception d’un centre de ressources en appui à la protection des captages d’eau potable pour accompagner les acteurs dans la protection de la ressource en eau.

Du territoire aux problématiques globales

Les problèmes sont souvent vécus par les acteurs comme ayant une dimension territoriale : on parle de la Bretagne comme d’un cas particulier ! Or, les questions liées aux apports et émissions de matières sont pour partie globales. «La recherche, parce qu’elle regarde des processus génériques, parce qu’elle analyse l’expression de ces processus dans des contextes divers et que ces processus s’expriment à de larges échelles, doit prendre du recul. Il s’agit de comparer des sites, d’estimer des flux d’éléments aux échelles nationales, européennes, globales, et d’engager les transitions des systèmes agricoles dans une large vision». Au sein de la Direction scientifique Inra Environnement, Chantal Gascuel a travaillé sur des grandes orientations de recherche, comme l’agroécologie, les relations agriculture-santé-environnement comme au développement d’outils pour une meilleure connaissance et gestion des ressources. Elaborer un portefeuille de services agro-hydro-climatiques, améliorer la surveillance des sols, faciliter l’accès aux données sol, mieux estimer les émissions d’azote et de phosphore vers les cours d’eau français, concevoir un centre de ressource pour la protection des captages. Autant de chantiers qui s’inscrivent dans la durée et sollicitent des compétences diverses pour mieux répondre à la demande sociétale en relation étroite avec les pouvoirs publics.

Zoom sur...

Le parcours de Chantal Gascuel

Chantal Gascuel, directrice de recherche à l'Unité Mixte de Recherche Inra/Agrocampus Ouest « Sol, Agro et hydrosystème, Spatialisation » (UMR SAS), est adjointe à la direction scientifique Inra Environnement. Elle a consacré sa carrière aux sols, à l’eau et aux relations entre agriculture et qualité des eaux. Ingénieure agronome, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Montpellier, titulaire d’une thèse de l’Ecole des Mines de Paris et d’une Habilitation à Diriger les Recherches de l’Université de Rennes, elle a travaillé avec ses collègues à comprendre comment l’eau circule dans les sols ou les nappes, et rejoint les cours d’eau. Ses travaux aident ainsi à mieux prédire la réponse de l’eau aux changements d’agriculture, de structure du paysage, de climat, et à concilier espace rural et eau de qualité.

En 1990, Chantal Gascuel séjourne une année à Dakar à l’IRD, puis à Vancouver à l’Université de British Colombia en 2007. Des expériences qui ont enrichi son parcours de recherche. Elle est l’auteure de 76 publications internationales, de multiples communications et a coordonné deux ouvrages. Elle a dirigée l’UMR SAS durant 8 années et œuvré à la constitution d’une fédération de recherche en environnement à Rennes, contribuant à son animation depuis 15 ans. Elle fait partie d’une génération de femmes qui, dans le domaine des sciences de l’environnement, ont participé à l’animation de collectifs de recherche. Parallèlement à ses recherches, elle a assuré diverses activités scientifiques, administratives et d’expertise auprès de plusieurs organismes (ANR, Allenvi, Irstea, IGN, Ministères,...). Elle s’est particulièrement impliquée dans l’interface entre sciences et société avec le souhait de faire de la recherche pour la connaissance et pour l’action.